Écriture Réel
Studio Pineau

Création de contenu — Théorie & méthode

Un format scène. Une premise. Des réactions. Une chute.

1. Le format

Les personnages évoluent dans une scène. Le spectateur est voyeur — personne ne s'adresse à lui.

L'extérieur (clients, prospects, prestataires) n'apparaît jamais à l'écran. Ils existent uniquement via un medium : SMS, voix off, appel, mail, notification, post Instagram montré sur un écran.

  • Scène : plus théâtre/cinéma que stand-up.
  • Cible : couple qui cherche un photographe. Pas un photographe.
  • Règle : 2–3 personnages max par Reel.

2. Le rôle du Reel

Le funnel

Reel → "ce mec me plaît" → visite profil → "ses photos me plaisent aussi" → contact.

Le Reel ne vend pas. Il ne convertit pas. Il donne envie de creuser. La majeure partie des spectateurs ne verront pas la page du compte — le Reel est une porte d'entrée, pas une vitrine.

Le So What

Avant d'écrire une ligne de dialogue : "après ce Reel, le spectateur me trouve comment ?"

Un seul mot parmi :

  • Humain → qui est ce photographe, comment il fonctionne (backstage)
  • Passionné → ce mec aime ce qu'il fait (visible, pas déclaré)
  • Compétent → ce mec connaît son métier (montré, pas expliqué)
  • Drôle / relatable → dédramatiser une situation que le couple reconnaît

Si la réponse est claire, le Reel a le droit d'exister. Si c'est "juste drôle sans rien derrière", il n'a pas sa place sur @studio_pineau.

Ce que les Reels ne font PAS

  • Pas de leçons aux couples. Jamais moralisateur.
  • Pas de justification de prix. Si quelqu'un trouve que c'est trop cher, ce n'est pas mon client.
  • Pas de critique d'autres photographes.
  • Pas de "voilà ce qu'il faut faire". Uniquement "voilà ce qui se passe chez moi quand X arrive".

Les Reels sont un miroir de mes réflexions internes, pas un cours pour les couples. Les personnages débattent entre eux — le spectateur regarde, se marre, et se fait son propre avis. Personne ne prend position directement.

3. La formule

Séquence fixe. L'ordre est fixe, la durée de chaque phase est libre.

Amorce

Deux cas — pas la même écriture.

Cas 1 — Élément extérieur :
Un SMS, une voix off client, un coup de fil, un mail, une notification, un post montré sur un écran. Le sujet arrive de l'extérieur, de manière neutre. La premise vient ensuite, portée par le personnage qui réagit en premier.

[SMS client : « Vous faites aussi les photos avec un iPhone ? »]
A : (lit le SMS à voix haute)
→ Le sujet est posé par le SMS. La premise arrive avec la réaction de A.

Cas 2 — Un personnage amène le sujet :
Un des personnages débarque avec une réflexion, une anecdote, une question. Il pose le sujet ET la premise d'un coup, déjà filtré par sa propre attitude.

A : (arrive, pose son sac) J'ai un couple qui veut que je shoote
    leur mariage et celui de leur chien le même jour.
→ Pas de medium externe. A amène le sujet avec son regard à lui.
  La premise est intégrée.

Différence clé : dans le cas 1, le sujet est neutre — le premier personnage qui réagit choisit l'angle. Dans le cas 2, l'angle est déjà choisi par celui qui amène le sujet.

Dans les deux cas : le sujet doit être crédible et relatable pour un couple. La premise reste une observation, pas un récit.

Réactions

Les autres personnages réagissent selon leurs propres attitudes. C'est le cœur de la scène. La scène vit parce que chaque personnage filtre le même sujet différemment.

Chute

Ce qui ferme la scène. Options :

  • Mot d'esprit — une réplique qui retourne la situation.
  • Retour de l'amorce — le client rappelle, un deuxième SMS arrive, le personnage qui a lancé revient à la charge.
  • Silence + regard — un personnage ne dit rien, sa réaction suffit.
  • Geste — un personnage fait quelque chose qui résume tout sans parler.
  • Consensus ou désaccord figé — les personnages tombent d'accord (ou pas) et la scène se ferme.

La chute n'est pas obligatoirement comique. Elle peut être un constat, un moment de lucidité, ou un running gag récurrent.

Test rapide

  • Premise : tient en 1 phrase ?
  • Crédible : un couple reconnaît la situation OU la réaction intrigue ?
  • So What : après ce Reel, le spectateur me trouve ______ ? (un seul mot)

4. Méthode d'écriture

L'ordre d'écriture

Ne pas commencer par le dialogue. L'ordre est :

  1. So What → un mot (humain / passionné / compétent / drôle-relatable)
  2. Chute → la dernière réplique ou le dernier moment, en lien avec le So What. L'écrire AVANT le milieu.
  3. Amorce → le texte à l'écran + la première réaction qui crée la tension
  4. Milieu → les personnages font le chemin entre l'amorce et la chute

Le texte à l'écran

Le texte à l'écran fait 80% du boulot d'accroche. Le spectateur scroll, souvent son coupé. Ce qu'il voit c'est une image + du texte. S'il s'arrête, il met le son. S'il ne s'arrête pas, le dialogue n'existe pas.

Le texte à l'écran c'est l'accroche. Le premier personnage qui parle c'est la confirmation que ça vaut le coup de rester.

Trois formats :

Format 1 — Le SMS brut affiché en gros.
Pas besoin de contexte. Le SMS EST le contexte. Le spectateur lit le message, comprend, veut voir la suite. Le personnage n'a même pas encore ouvert la bouche.

Format 2 — La situation.
"Quand le client change de lieu à 3 jours du mariage." Le spectateur comprend la situation, anticipe le chaos, veut le voir.

Format 3 — L'affirmation.
"Un photographe à 800€ et un à 3000€ font la même chose." Le spectateur a un avis immédiat — il reste pour voir si le Reel confirme ou contredit.

Règle : le texte apparaît frame 1, le personnage réagit à la seconde 1-2. Le dialogue ne commence pas le Reel — il continue ce que le texte a commencé.

5. Mécaniques d'écriture

1. Premise → Réaction (la base)

Un personnage pose l'observation. Un autre incarne une réaction — il joue, il ne commente pas. Le décalage entre les deux crée l'effet.

Règle : A pose. B joue la scène (incarne une réaction), pas un commentaire SUR la scène.

Exemple amorce extérieure :

[SMS client : « Vous faites aussi les photos avec un iPhone ? »]
A : (lit le SMS à voix haute)
B : (silence, regard, pose lentement son café)
A : Non mais attends, il est sérieux là ?
B : Demande-lui s'il veut aussi que tu fasses le DJ.

Exemple amorce personnage :

A : (arrive) Je viens de voir un photographe qui livre 500 photos
    non retouchées pour 800 balles.
B : 800 ? Il les retouche pas et il prend 800 ?
A : Non, toi t'as pas compris. 800 balles POUR les non-retouchées.
    C'est le luxe du brut.
B : C'est comme vendre de l'eau du robinet en bouteille.
2. Le clash (opposition frontale)

Deux personnages, deux positions opposées déclenchées par le même élément. 3 temps : Position A → Position B → Escalade. Les deux doivent être défendables.

Clé : si l'un a clairement tort, c'est un cours, pas un clash. Le spectateur doit hésiter.

[Un couple poste ses photos de mariage sur Instagram le jour même]
A : Tu postes pas tes photos le jour J. C'est intime.
B : Un couple qui poste pas ses photos, c'est un couple qui assume
    pas d'être heureux.
A : Ou c'est un couple qui a pas besoin de likes pour savoir
    qu'il s'aime.
B : Ou c'est un couple dont le photographe a fait un boulot moyen.
→ Chaque réplique monte d'un cran. La dernière retourne la situation.
3. Le mot d'esprit (retournement)

Une réplique qui change la perspective en un seul angle inattendu. Pas d'escalade — une ligne suffit. Fonctionne en chute de scène ou en relance.

Méthode : prends la premise et demande-toi « quelle est la réponse la plus inattendue en restant dans le personnage ? »

[Voix off client : « On hésite entre vous et le cousin de mon mari
qui a un bon appareil »]
A : (se tourne vers B)
B : Dis-lui que le cousin est un excellent choix.
    Comme ça tu la récupères au divorce.
4. Le mix (relance)

Après une première réaction, un nouvel angle relance la scène sur le même sujet. Soit un autre personnage entre, soit le déclencheur revient sous une autre forme.

Structure : Déclencheur → Réaction 1 → Relance (nouvel angle ou nouveau medium) → Réaction 2.

[Mail client : demande de devis pour 200 photos retouchées à 300€]
A : (lit, souffle) 300 euros. 200 photos. Retouchées.
B : C'est un euro cinquante la photo. Même Photomaton c'est plus cher.
[Nouveau mail : « En fait on voudrait aussi la vidéo »]
A : (ferme le laptop lentement)
B : Réponds-lui que pour 300 balles tu peux leur envoyer un GIF.

Tableau de sélection

Mécanique Quand l'utiliser Effet spectateur
Premise → Réaction Un personnage réagit à un élément extérieur. Le plus polyvalent. Identification, surprise.
Clash Deux positions défendables s'affrontent. Engagement, commentaires, partis pris.
Mot d'esprit Chute forte en 1 réplique. Impact, partage, mémorisation.
Mix La première réaction ne suffit pas ou un deuxième angle enrichit. Rythme, densité, relance.

Les mécaniques se combinent librement.

6. Règles permanentes

  1. Le script sert le personnage, pas l'inverse. Réplique drôle mais hors-personnage = poubelle.
  2. Un Reel = un sujet = une premise. Pas deux idées collées.
  3. L'amorce est crédible, que ce soit un élément extérieur ou un personnage qui amène le sujet. Le comique vient des réactions, jamais de l'amorce elle-même.
  4. Personne ne parle au spectateur. Le spectateur regarde une scène, il n'est pas interpellé.
  5. L'extérieur n'apparaît jamais à l'écran. Toujours voix off, SMS, mail, appel ou autre medium.
  6. Jamais moralisateur. Pas de leçons, pas de "il faut faire ça". Les personnages débattent, le spectateur se fait son avis.
  7. Les personnages évoluent — noter dans le Bloc 5 de la fiche après chaque Reel significatif.

7. Leçons de production

Ce qui a été appris sur les premiers Reels. À enrichir au fil du temps.

Accroche (0–5 secondes)

  • Le texte à l'écran fait l'accroche — pas le dialogue. Le spectateur scroll son coupé.
  • Le texte apparaît frame 1. Le personnage réagit seconde 1-2. Pas de silence, pas d'intro.
  • Le premier personnage qui parle après l'amorce doit être celui qui crée le déséquilibre, jamais celui qui stabilise.
  • Zone 1–9 secondes = là où tout se joue.
  • Le setup contextuel (qui/quoi/où) passe par le texte à l'écran, pas par du dialogue.

Personnages en ouverture — mode accroche

Personnage Mode accroche (ça marche) Mode plat (ça marche pas)
L'artiste Dérape dans sa vision → les autres ramènent sur terre
Le technicien Part en vrille sur le matos → les autres freinent
L'ingénieur Panique parce que le plan est menacé → les autres calment Planifie calmement = ennuyeux
Le comptable Voit la ruine financière → les autres rassurent (ou pas)
Jean Lance l'amorce, pose la chute. Ne porte PAS le divertissement. Distribue la parole comme un manager = tour de table

Rythme

  • Chaque réplique : 3–5 secondes max.
  • Pas de réplique préparatoire dans les 5 premières secondes — on démarre dans l'action.

Les sujets

Les Reels montrent ce qui se passe dans la tête du photographe, pas ce que les couples devraient faire.

Trois portes d'entrée pour rendre un sujet interne accessible au spectateur :

Porte 1 — Le couple fait un truc, les personnages réagissent.
Amorce = SMS/voix off. Le couple se reconnaît dans le message, il veut voir ce qui se passe de l'autre côté. "Ah c'est ça qu'il se passe quand j'envoie ce genre de message."

Porte 2 — Les personnages vivent un truc que le couple soupçonne pas.
Amorce = un personnage débarque avec un sujet interne. Le couple découvre les coulisses. "Ah je savais pas que ça se passait comme ça."

Porte 3 — Un sujet universel vu par les personnages.
Le sujet n'est même pas lié à la photo — mais filtré par les 5 personnalités. Le couple rit parce qu'il reconnaît le mécanisme, pas le métier. "Devoir prendre une décision quand personne n'est d'accord" → ça parle à tout le monde.

Le sujet en soi n'a pas besoin d'intéresser le couple. C'est l'émotion ou la situation de départ qui le capte.